Un atelier sur le cinéma d'animation avec Pierre M Trudeau, Élene Dallaire et René Robitaille

Publié le par le-blogue-de-luc-r

Ma fille regarde assidument les épisodes de Buffy contre les Vampires sur Internet, et croit ferme aux sortilèges et aux fantômes. Souhaitant s’y initier davantage, elle nous demanda de l’amener à une bibliothèque de Laval où devait avoir lieu un atelier sur les êtres de l’au-delà dans le cadre des Journées de la culture le 30 septembre dernier. Faute d’inscription, l’annulation de l’activité nous forçait à rebrousser chemin et à trouver une autre activité ailleurs.

Comme cela se produit souvent, ce changement de direction nous réservait une belle surprise. Le cinéaste Pierre M. Trudeau, récipiendaire de plusieurs prix, donnait un atelier sur le cinéma d’animation à une vingtaine de jeunes personnes rassemblées à la Maison de la Culture de La Petite Patrie à Montréal. Le réalisateur de courts métrages était accompagné de sa complice de longue date, et directrice de production, Élene Dallaire. Ensemble depuis leur sortie de l’université au cours des années ’80, ils auront fondé Ciné-Clic, puis travaillé à l’Office national du film (ONF) avant de créer leur propre entreprise cinématographique.

07oct-1-2011

Madame Élene Dallaire et Monsieur Pierre M. Trudeau  

Pour les Journées de la culture, le duo est accompagné de Monsieur René Robitaille, spécialiste du montage sonore ayant connu l’expérience de plusieurs plateaux de tournage. Chargé de projets à l’association des cinémas parallèles du Québec (ACPQ), Monsieur Robitaille partage son temps entre le montage sonore et la tournée des écoles québécoises dans le but, dit-il, de contribuer au développement de l’esprit critique des jeunes, ce qui leur permettrait de mieux comprendre la richesse des techniques employées dans la réalisation des films.

L’atelier comprend deux étapes : 1) la projection de films commentés par les auteurs et 2) la création par les participants d’un film d’animation sous la supervision de professionnels du métier.

1)      La projection de films et l’explication des techniques de réalisation

À notre arrivée, les cinéastes terminaient la projection du court métrage Baroque'n Roll, réalisé en 1994, pour le compte de l’ONF. Ce film portant sur le racisme met en valeur des personnages conçus à partir de papier de construction recouvrant un squelette constitué d’un simple fil de fer. Madame Dallaire soulignera par ailleurs le rôle important joué par le monteur du son, donnant plus de punch aux situations de dangers présentes dans le film : la glace, le train, les balles de neige, etc.

07oct-2-2011

Souvenirs de l’atelier / Messieurs Pierre Trudeau et René Robitaille

Les sons humains nécessitent l’embauche d’acteurs professionnels, même si le film ne comprend pas de voix. Monsieur Robitaille ajoutera que la création des bruits nécessite un travail minutieux de la part du bruiteur. Il expliquera que même les longs métrages joués par des acteurs nécessitent souvent la recréation des sons. Comme exemple de contraintes, il souligne qu’un plateau de tournage s’est déjà trouvé tout près d’un chantier de construction imprévu.

L’usage du papier de construction n’est qu’une des techniques employées pour la réalisation d’un film d’animation :

  • Au festival OUMF, présenté cet été, l’ONF initiait le public à une technique employant les mouvements du corps humain dans une scène inspirée du film Les voisins.
  • Réalisé avec Softimage, Opération Coucou conduira le spectateur dans un retour dans le temps dans lequel un jeune coucou revit son enfance aux côtés des humains et fait la découverte du cinéma. La narration comprend de jolis jeux de mots avec coucou. Ainsi sera-t-il question du coucourroux, de la coucouleur, de se découcourager, etc., ou encore des coucouches du bébé… coucou. La maison d’édition Les 400 coups a produit un livre à partir du personnage de ce film.
  • Jour de plaine, le vidéoclip du chanteur Daniel Lavoie est composé d’une multitude de dessins réalisés par le dessinateur Réal Bérard, mais qui a nécessité l’intense collaboration d’Élene Dallaire au coloriage. Tourné en fondu, pour donner plus de mordant à l’animation, le film illustre l’imaginaire des francophones de l’Ouest canadien.

D’autres films seront projetés ce soir-là, démontrant un bel éventail de techniques. Toutefois, le Blogue de Luc R se souviendra surtout d’Enfantillage, un film pour lequel Pierre M. Trudeau a su décrire avec beaucoup de finesse les effets néfastes des disputes familiales sur l’état émotif des enfants.

2) L’atelier de réalisation d’un film d’animation

Ayant mieux compris diverses techniques d’animation, la vingtaine de jeunes réunis à la Maison de la culture devaient se diviser en équipe pour créer de petites figurines en pâte à modeler et un bref scénario. Cela fait, Pierre Trudeau allait filmer, image par image, les moindres déplacements des figurines pour constituer l’action. À noter que la réalisation d’une œuvre de quelques minutes exige normalement six mois de travail intense, et un mois de travail supplémentaire pour le montage sonore… Les participants devront donc se contenter d’un film d’une durée de quelques secondes.

 07oct-3-2011

Si certains choisissent de reconstituer des personnages existants, notre table se comporte d’une manière plutôt singulière. Ainsi la galette initiale créée par ma femme se transformera sous ses yeux en baignoire, avant de prendre la forme d’un mocassin, puis d’une botte à talon haut. À lui seul, ce processus de transformation aurait pu constituer le scénario d’un court métrage. Une de mes filles réalisera un pingouin avec beaucoup de minutie, tandis que mon autre fille et moi devions créer des bestioles emplumées. J’avoue avoir trouvé étrange que mon Piksapaka, de la planète des Piksakamon, ait personnifié le méchant dans le scénario qui a suivi la création des figurines….

Conclusion

La plupart des films présentés ce soir du 30 septembre sont disponibles à l’ONF par le biais de la cinérobothèque. Il est même possible d’en consulter plusieurs en ligne. Quant aux esquisses de l’atelier (et mon Piksapaka), le site de Pierre M. Trudeau leur accorde une section.

Nous avons apprécié cette belle rencontre remplie de simplicité aux côtés de ces artistes chevronnés et récipiendaires de plusieurs prix. Grâce à leurs explications, je suis convaincu de l’atteinte des objectifs de départ, les jeunes présents ont acquis davantage d’aptitudes en appréciation des œuvres d’auteurs ou du cinéma parallèle. Reste à apprendre l’essentiel : comprendre l’émotion et l’imaginaire exprimés par la magie du cinéma.

Webographie

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation, le 7 octobre 2011  

Publié dans Cinéma-Théâtre

Commenter cet article